
Lidée des Rencontres nationales vidéo en santé mentale est née, en 1998, du constat dun manque despace de diffusion ayant vocation daccueillir, au delà des professionnels (de santé ou de limage), habituel public des festivals, les patients, usagers du système de soins, directement impliqués dans une pratique de la vidéo ou intéressés par elle.
En 1999, après quelques concrétisations locales, riches dintérêt, nous avons partagé la volonté de créer, à léchelon national, une manifestation susceptible doffrir aux productions vidéo, issues pour lessentiel dinstitutions à vocation soignante, la possibilité dune diffusion publique. La très grande majorité de ces réalisations demeuraient, le plus souvent, cantonnées au seul périmètre du lieu de leur production, service ou établissement où elles étaient données à voir, dans un « entre soi » fermé à tout regard extérieur ou bien étaient portées au dehors, mais uniquement par les professionnels.
Aussi les Rencontres nationales vidéo en santé mentale, en prenant le parti de rassembler, dans un même lieu et dans un même temps, lensemble des personnes ayant pris part à la réalisation des documents présentés, ont demblée affirmé la volonté de créer les conditions dun véritable échange et dun partage dexpérience(s) dont les premiers supports visibles sont les films. Cette invitation à la rencontre, à louverture, au décloisonnement des pratiques vise à rompre avec le risque, toujours présent, de lisolement et de lexclusion, dont on sait quil agit classiquement dans le sens dune stigmatisation toujours plus grande des problématiques de santé mentale.
Sortir, aller au dehors, montrer « son film » à dautres et en parler permet daccéder à un espace de confrontation, généralement valorisant et utilement questionnant. Qua t-on voulu faire ? Pour qui la-t-on fait ? Est-on parvenu à réaliser ce que nous avions prévu ? Voilà posées les interrogations qui amènent chacune des démarches présentées à aborder la double question de lintention qui a présidée à la réalisation du film et de ladresse de ce dernier. Lexploration collective de ces aspects fondamentaux ouvre le champ à une réflexion importante quant au sens de la démarche dans laquelle chacun sengage lorsque est décidé la réalisation dun film au sein dun atelier dont bien souvent la vocation thérapeutique relève du postulat de départ.
Si demblée, a été affirmé comme principe de base la présence conjointe, lors des rencontres, des patients, des soignants et de tout autre personne ayant pris part aux réalisations présentées cest bien parce que labord des questions que pose lutilisation de loutil vidéo dans un cadre réputé thérapeutique ne peut que bénéficier dun échange et dune réflexion intégrant lensemble des personnes impliquées dans ces réalisations, quelque soit leur place ou leur fonction. Affirmer cette position, cest faire que, dans ce temps de rencontre, chacun se sente personnellement acteur de lévènement, même si la participation de la personne sinscrit dans la prolongation du cadre collectif et institutionnel doù est issue la production présentée. Ainsi linscription nominative aux Rencontres vise à ce que chacun puisse user de sa part dindividualité, de subjectivité, dexpression personnelle, sur des réflexions qui, bien que centrées sur les films présentés, ne peuvent être déliées de questions plus générales : le soin, lutilisation de limage, le rapport à lautre, le social, lintégration
Ce temps privilégié de rencontre et déchange, ouvert et vivant, aspire clairement à favoriser lémergence dune approche ouverte et déstigmatisante des problématiques de santé mentale.
Cest porté par cette volonté que lédition dernière sest installée à la Cité des Sciences et de lIndustrie. Lévidente convergence des options que nous défendons et celles soutenues par la Cité de la Santé nous a conduit à développer un partenariat nouveau dont lun des axes forts est laccentuation de la dynamique douverture et déchange. Rappelons que la Cité de la Santé, au-delà de sa mission novatrice de plate-forme dinformation destinée aux usagers du système de santé, a pour objectif de promouvoir le développement dactions visant à faciliter leur expression. En cela les Rencontres nationales vidéo en santé mentale, par ce quelles donnent à voir, à entendre et à vivre, sinscrivent concrètement dans cette aspiration.
La quatrième édition des rencontres nationales vidéo en santé mentale a, en novembre dernier, accueillie près de trois cent cinquante participants venus de toute région de France, mais aussi de Belgique et dItalie. Le public, pour lessentiel composé dusagers, sest plus largement ouvert, cette année à la participation dautres personnes, réalisateurs, journalistes, familles de patients, associations dusagers, professionnels de la cité des Sciences et de lIndustrie La présence de René Feret, cinéaste, venu présenter Histoire de Paul (prix Jean Vigo 1975), film qui relate sa rencontre personnelle avec linstitution psychiatrique, incarnait la volonté daller plus avant dans le sens dune ouverture plus grande.
La prochaine édition, qui se tiendra les 20 et 21 novembre prochains à la Cité des Sciences et de lIndustrie (Paris) affirmera cette volonté délargir encore lespace des rencontres. Nous mesurons combien cette ouverture est génératrice de richesses, combien cette pluralité, qui contraste avec lunivers parfois monochrome des institutions soignantes, ouvre, à la découverte de lautre, un nouveau champ des possibles.
Ces rencontres, et cest peut-être ce qui finalement importe le plus, se prolongent après la clôture et tout au long de lannée sous la forme de relations maintenues entre les groupes, de collaborations et projets divers, reflets dune dynamique, dune attente, de besoins auxquels nous espérons en partie répondre.
Philippe Laly, adjoint de direction, Association lElan retrouvé - Paris IXième.
Daniel Simonnet, infirmier, EPS Maison Blanche Paris.
« Il y a plusieurs façons daborder un festival, on peut y aller pour voir, pour projeter le fruit de son travail, pour faire des rencontres, échanger des impressions, partager des expériences et souvent on y va pour toutes ces raisons à la fois .Pour ma part, javais là tout à découvrir. Jétais curieuse de voir ce quaurait à me montrer et à me raconter ces différents groupes réunissant des patients et des soignants autour de films, courts et moyens métrages de styles très différents, documentaire, fiction, poésie, tragique, comique...(...)
Deux idées ont été clairement établies pour un il neuf comme le mien au cours de ces rencontres : dune part lintérêt thérapeutique de ces ateliers consiste en la possibilité de travailler en groupe soignants/patients autour dun même objet. Un autre intérêt étant de permettre à tous de venir présenter le fruit de ce travail et donc de prolonger la logique de ces ateliers jusquà la rencontre entre un public, le film et ses auteurs.
Je suis sortie chaque soir éprouvée par ces séances de projection. Cela venait je pense de la densité et de la variété des travaux proposés. En effet de film en film, se dessinait en filigrane le travail des équipes soignantes mais aussi les angoisses voire même la douleur des patients. »
Gertrude Baillot (cadreuse et réalisatrice)
Cette manifestation est organisée en partenariat par lEPS Maison Blanche, lassociation nationale des CEMEA et lassociation lElan Retrouvé.
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